{"id":1781,"date":"2025-01-18T15:44:19","date_gmt":"2025-01-18T15:44:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.nativu.org\/?p=1781"},"modified":"2025-01-18T16:14:41","modified_gmt":"2025-01-18T16:14:41","slug":"il-corvo-nero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.nativu.org\/?p=1781","title":{"rendered":"Il Corvo Nero"},"content":{"rendered":"\n<p>Le 02 ao\u00fbt 1936 en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 la chaleur \u00e9touffante, le maire de Patrimonio Antoine Joseph Giacinti (dit \u00ab&nbsp;U Nutaru&nbsp;\u00bb) r\u00e9unit le conseil municipal de la commune.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instant est solennel, les mines sont graves.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux jours auparavant, le village a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une op\u00e9ration dangereuse, celle de la capture d\u2019un for\u00e7at \u00e9vad\u00e9 de l\u2019\u00eele italienne de Pianosa.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conseil municipal appr\u00e9ciant le z\u00e8le d\u00e9ploy\u00e9 par monsieur Antoniotti, cur\u00e9 du village, dans l\u2019accomplissement de cette op\u00e9ration lui adresse ses remerciements au nom de la population et ses plus chaleureuses f\u00e9licitations.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis sa nomination en mai comme pr\u00eatre de la paroisse de Patrimonio, le p\u00e8re Antoniotti se rend r\u00e9guli\u00e8rement dans le village voisin de Farinole.&nbsp; C\u2019est le cas le 31 juillet. Voil\u00e0 notre bon cur\u00e9 qui quitte le presbyt\u00e8re, tout de noir v\u00eatu de la soutane au chapeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Il passe devant la forge du Cardeto, s\u2019arr\u00eate quelques instants pour discuter avec le forgeron, puis il prend le chemin qui m\u00e8ne au Calvello. En contrebas du sentier, on fauche les bl\u00e9s. Les moissonneurs occup\u00e9s dans leur t\u00e2che ne l\u2019ont m\u00eame pas remarqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A pr\u00e9sent le chemin passe au milieu des vergers. Les arbres sont charg\u00e9s. Une branche de prunier plie l\u00e9g\u00e8rement sous le poids des fruits bien m\u00fbrs. Le pr\u00eatre ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation, il tend le bras et se saisit d\u2019une prune bien mauve. Il la porte \u00e0 sa bouche. Quelle saveur&nbsp;! Un rapide coup d\u2019\u0153il autour de lui. Personne en vue. Parfait. Une deuxi\u00e8me prune est engloutie. Il en aurait bien cueilli quelques-unes pour la route mais cette satan\u00e9e soutane n\u2019a pas de poche.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reprend sa route, arrive au Calvello. Devant lui se dresse l\u2019imposante demeure familiale des anciens notables du village. Il la contourne et arrive devant la chapelle de la Trinit\u00e9. Il \u00f4te son chapeau et entre prier quelques minutes. En ressortant il aper\u00e7oit au-dessus de la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison Calvelli la plaque rappelant que cette maison fut d\u00e9fendue par les fusils corses et attaqu\u00e9e par les canons fran\u00e7ais en temps de tr\u00eave, le 01<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1768.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00eatre hausse les \u00e9paules, remet son couvre-chef et s\u2019engage dans le chemin qui descend vers la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Tranquillement il s\u2019avance vers Fiume Albinu. Quelques villageois vaquent \u00e0 leurs occupations dans les potagers le long des berges. Il les salue, traverse le pont g\u00e9nois et s\u2019arr\u00eate un moment \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un arbre pour se reposer au frais avant d\u2019entamer la mont\u00e9e vers Farinole. Il avance lentement, la chaleur commence \u00e0 se faire sentir. Le chemin, mat\u00e9rialis\u00e9 par des murs en pierres s\u00e8ches, grimpe vers l\u2019ancien couvent de Marianda, qu\u2019il devrait apercevoir d\u2019ici une petite demi-heure.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eate pour reprendre son souffle, se retourne et admire le paysage. Devant lui, dress\u00e9e sur un promontoire, l\u2019\u00e9glise d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Saint-Martin et A casa Calvelli. Au fond le massif de Tenda et ses villages en balcon. Sur sa gauche les hameaux de Stazzona et Ficaja accroch\u00e9s \u00e0 flanc de montagne. Les terrasses cultiv\u00e9es cernent les habitations. Plus haut dans la montagne la ch\u00e2taigneraie de Rugani et la Serra. Sur sa droite les vignes qui s\u2019en descendent jusqu\u2019aux collines calcaires qui s\u00e9parent la vall\u00e9e de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain le p\u00e8re Antoniotti per\u00e7oit une pr\u00e9sence, il lui semble que quelqu\u2019un est cach\u00e9 derri\u00e8re un bosquet d\u2019arbousiers. Il plisse les yeux, essaye de mieux voir. Oui, il y a bien une personne qui le surveille. Un frisson lui parcourt le corps. Un homme sort de cette sommaire cachette. Le pr\u00eatre d\u00e9visage l\u2019individu. Il ne le conna\u00eet pas ce n\u2019est pas un de ses paroissiens. IL est v\u00eatu de haillons et semble ext\u00e9nu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme s\u2019adresse \u00e0 lui en italien&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Monsieur l\u2019abb\u00e9, n\u2019ayez pas peur. Je ne vous veux aucun mal. Aidez-moi j\u2019ai faim, je suis fatigu\u00e9. Je me suis \u00e9vad\u00e9 de la prison de Pianosa&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A ces mots le sang du pr\u00eatre se gla\u00e7a. Surtout ne pas montrer sa peur, pensa-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se ressaisit, apr\u00e8s tout il en avait vu d\u2019autre, lui le titulaire de la m\u00e9daille militaire pour faits de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant preuve de courage il engagea la conversation avec le pauvre diable, essayant d\u2019en apprendre plus sur son interlocuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il l\u2019invita \u00e0 rester cach\u00e9 ici m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 son retour, le temps pour lui de retourner au village et de lui ramener des provisions.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9vad\u00e9, confiant dans la charit\u00e9 chr\u00e9tienne du bon cur\u00e9 acquies\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 notre pr\u00eatre reprendre la route de Patrimonio, marchant tranquillement pour ne pas trahir son inqui\u00e9tude et ses intentions. Mais d\u00e8s qu\u2019il se sait hors de la vue du brigand, il acc\u00e9l\u00e8re le pas, puis se met \u00e0 courir. Sur le retour il prend un chemin diff\u00e9rent, il doit se rendre \u00e0 la poste pour t\u00e9l\u00e9phoner aux autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quelle mouche a piqu\u00e9 monsieur le cur\u00e9 durent se demander les Patrimuninchi qui le virent arriver dans le Poretto, le visage rouge et en sueurs, la respiration difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin la poste est l\u00e0 au bout du chemin. Encore quelques m\u00e8tres et le voil\u00e0 qu\u2019il s\u2019engouffre dans le b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans un bonjour pour le guichetier, le souffle coup\u00e9, il lui demanda de lui passer la gendarmerie au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019autre bout du fil, le gendarme qui a pris connaissance des informations transmises par le pr\u00eatre, comprend que la situation impose d\u2019agir rapidement mais prudemment sous peine de laisser s\u2019\u00e9chapper le malfrat.<\/p>\n\n\n\n<p>Il donne des consignes au p\u00e8re Antoniotti. Il lui demande de ne pas en parler \u00e0 la population et d\u2019attendre l\u2019arriv\u00e9e des gendarmes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019individu \u00e9tant signal\u00e9 comme excessivement dangereux, les gendarmes du cap corse sont appel\u00e9s en renfort.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut d\u00e9cid\u00e9 que le pr\u00eatre ayant su gagner la confiance de l\u2019\u00e9vad\u00e9, ferait parti du dispositif pour sa capture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cur\u00e9 reprend donc la route pour Farinole, un panier rempli de nourriture sous le bras. Les gendarmes le suivent de loin, prenant toutes les pr\u00e9cautions pour ne pas se faire rep\u00e9rer par l\u2019individu recherch\u00e9, mais attirant cependant l\u2019attention de la population peu habitu\u00e9e \u00e0 ce d\u00e9ploiement de force. Le questionnement et l\u2019inqui\u00e9tude gagne le village.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00eatre a rejoint le criminel. Il lui tend le panier de provisions. L\u2019homme affam\u00e9 commence \u00e0 manger la nourriture que lui a apport\u00e9 l\u2019abb\u00e9 Antoniotti. Profitant de la situation les gendarmes s\u2019approche prudemment du lieu o\u00f9 se trouve notre lascar, mais \u00e0 quelques m\u00e8tres de lui ils sont rep\u00e9r\u00e9s. L\u2019individu se voyant trahi, s\u2019\u00e9chappe.<\/p>\n\n\n\n<p>Un gendarme ouvre le feu stoppant net l\u2019italien dans sa fuite qui s\u2019effondre. Il est touch\u00e9 \u00e0 la cuisse, il n\u2019a pas le temps de se relever que d\u00e9j\u00e0 les gendarmes sont sur lui et le capture. C\u2019est alors que le pauvre homme s\u2019\u00e9crie \u00ab&nbsp;il corvo nero mi ha tradito&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa blessure ne pouvant pas lui permettre de marcher jusqu\u2019au village, un \u00e2ne fut r\u00e9quisitionn\u00e9 pour le transporter jusqu\u2019aux v\u00e9hicules des gendarmes stationn\u00e9s \u00e0 Patrimonio. Le long du trajet, la population s\u2019est rassembl\u00e9e pour voir passer le cort\u00e8ge. Le prisonnier est assis sur un \u00e2ne, les mains li\u00e9es, la jambe ensanglant\u00e9e, des gendarmes l\u2019entourent. Il est suivi du h\u00e9ros du jour\u00a0: le cur\u00e9 Antoniotti.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>R\u00e9cit inspir\u00e9 d&rsquo;une histoire vrai qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Patrimonio \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936. Sources : D\u00e9lib\u00e9ration du conseil municipal de Patrimonio ; Enqu\u00eate orale aupr\u00e8s des anciens du village<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1782\" style=\"width:318px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-113x150.jpg 113w, https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.nativu.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_0166-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;ancien chemin menant \u00e0 Farinole<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 02 ao\u00fbt 1936 en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 la chaleur \u00e9touffante, le maire de Patrimonio Antoine Joseph Giacinti (dit \u00ab&nbsp;U [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1782,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"disabled","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[20,35],"class_list":["post-1781","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","tag-histoire","tag-village"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1781"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1781\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1787,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1781\/revisions\/1787"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1782"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.nativu.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}